Demantelement d une bande organisee de malfaiteurs roumains

Démantèlement d’une bande organisée de malfaiteurs roumains

En début de semaine, les gendarmes de la section de recherches de Dijon ont mis la dernière touche au démantèlement d’une bande organisée de malfaiteurs de nationalité roumaine spécialisée dans le vol à l’étalage à grande échelle dans les centres commerciaux.

Au mois de janvier 2016, l’interpellation de deux jeunes ressortissants roumains à la suite d’un vol dans une enseigne de grande distribution en Saône-et-Loire attire l’attention des enquêteurs de la section de recherches de la gendarmerie de Dijon. Elle permet de mettre à jour une structure criminelle simple et discrète mais d’une redoutable efficacité.

La tête du réseau, un roumain d’une trentaine d’années, recrutait dans sa région d’origine, autour de la ville de Ploiesti, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Bucarest, de jeunes compatriotes à qui il faisait miroiter des promesses d’embauche en France sous très bref préavis. Dès leur arrivée, ces jeunes gens se voyaient imposer de devenir voleurs, en échange du gîte et du couvert – les récalcitrants faisant l’objet de fortes pressions.

L’équipe était spécialisée dans le vol à l’étalage de jeux vidéos et de lames de rasoir dans les centres commerciaux. Après une brève reconnaissance dans le magasin, la tête de réseau, ou l’un de ses lieutenants, indiquait très précisément aux voleurs l’emplacement et la nature des produits à voler et les guidait par téléphone vers une sortie sans achat ou un passage non surveillé. Les objets volés, sortis parfois par caddies entiers, étaient placés dans des sacs doublés d’aluminium pour neutraliser les alarmes. S’il arrivait que les voleurs soient interceptés, l’organisateur restait quant à lui à bonne distance grâce au téléphone et se contentait soit de récupérer ses comparses à l’issue de leur garde à vue, soit d’en faire venir de nouveaux de Roumanie.

Très mobiles, ces équipes logeaient dans des hôtels à bas prix durant quelques jours, réglant les chambres en liquide, afin d’écumer une zone, puis se déplaçaient ailleurs, essentiellement entre Strasbourg et Lyon. Au total, 24 départements sur une grande moitié Est de la France, de l’Alsace à l’Hérault et à l’Ille et Vilaine, ont été victimes de ces agissements – encore les enquêteurs ne sont-ils pas certains que toutes les enseignes victimes aient porté plainte. Le préjudice porterait sur plusieurs centaines de milliers d’euros.

« Les petits ruisseaux font les grandes rivières », précise le colonel LAMBERT, commandant la section de recherches de Dijon. « Pris individuellement, il s’agit de vols simples, de quelques centaines ou milliers d’euros de préjudice, faiblement réprimés. En raison du turn-over important des hommes de main, beaucoup n’ont pas un passé criminel important et n’encourent que des peines limitées lorsqu’ils se font prendre. L’éparpillement géographique ne facilite ni la détection d’un phénomène, ni la saisine d’un parquet unique et d’une seule unité de police judiciaire. »

Le phénomène aurait ainsi pu rester longtemps « sous les radars », d’autant que les intéressés circulaient beaucoup en Europe où ils avaient été inquiétés à plusieurs reprises pour des faits similaires dans plusieurs pays, sans que l’existence de la structure ait jusque-là été démontrée.

Mais les enquêteurs dijonnais ne lâchent pas le fil. Le parquet de Chalon sur Saône ouvre bientôt une information pour « vol en bande organisée, recel de bien volé en bande organisée, association de malfaiteurs », et une cellule d’enquête « Vol étalage Grand Est », appuyés par l’Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI), regroupe des gendarmes de la section de recherches de Dijon et du groupement de Saône et Loire, avec l’aide de la brigade des recherches de Molsheim (67) elle aussi confrontée au phénomène.

Ayant identifié la tête de réseau ainsi que ses proches et ses lieutenants, les gendarmes s’intéressent également aux filières de recel. Un intermédiaire roumain domicilié en périphérie de Grenoble, par ailleurs lui aussi à la tête d’une nouvelle équipe de voleurs à l’étalage, les amène à un jeune français ayant créé une entreprise de vente de jeux vidéos par Internet – toute sa gamme étant fournie par ses contacts avec des équipes itinérantes de voleurs. Les gendarmes identifient également une employée lyonnaise d’une société de transport à destination des pays de l’Est, qui, en échange de quelques billets, fermait les yeux sur les expéditions massives de colis vers la Roumanie – les enquêteurs estiment qu’environ une tonne et demie de marchandise a été exportée par ce biais, notamment des centaines de kilos de lames de rasoir.

Fin novembre, les gendarmes bourguignons déclenchent la première phase de l’opération et démantèlent la filière de recel iséroise en interpellant 4 individus qui sont placés en garde à vue ; l’intermédiaire roumain est incarcéré, le receleur français est placé sous contrôle judiciaire. Plusieurs centaines de jeu vidéos neufs sont saisis au domicile de ce dernier.

Début décembre, l’organisateur du réseau, revenu en France avec une nouvelle équipe de trois voleurs après un long séjour en Roumanie, tombe à son tour dans les filets des gendarmes, lors d’une interpellation sur l’autoroute A36 près de Beaune appuyée par le groupe d’observation et de surveillance de la section de recherches de Dijon et l’hélicoptère de la gendarmerie. Dans les deux voitures interceptées, le butin du jour : 100 jeux vidéos sous blister, soit 6 à 7000 € de marchandise volée.

Enfin, en début de semaine, 11 personnes, placées sous surveillance par les autorités roumaines depuis un certain temps à la demande du magistrat français, sont interpellées dans la région de Ploiesti, en présence d’enquêteurs français. Les investigations diligentées à l’international avaient pu démontrer leur implication soit dans les vols, soit dans l’écoulement de la marchandise sur le marché noir voire dans des commerces locaux. Les perquisitions conduites par les autorités roumaines en présence des enquêteurs français permettent de retrouver notamment des jeux vidéos et des lames de rasoir provenant des vols commis en France.

Parallèlement, deux individus sont arrêtés en région lyonnaise dans le cadre du démantèlement de la seconde filière de recel.

Plusieurs mandats d’arrêt européens ont été délivrés en vue de la présentation des individus interpellés au magistrat français, tandis qu’un malfaiteur est encore recherché, signalé au niveau européen. Dans ce dossier, ce sont finalement plus d’une vingtaine d’individus qui ont été interpellés en France ou en Roumanie.

« Il s’agissait d’une structure légère, un groupe criminel « low cost » mais qui de ce fait était très mobile, très adaptatif puisque les exécutants étaient facilement renouvelés au gré des interpellations ou des défections et que les dirigeants étaient habitués à « travailler » aussi à l’étranger », poursuit le colonel LAMBERT. « Sans doute les faits que nous avons mis en lumière ne sont-ils que la partie émergée de l’iceberg, d’autant que l’enquête a montré que d’autres équipes similaires sévissent de la même manière ailleurs sur le territoire français ».

 

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